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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 23:04

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Moscovici est venu ce soir défendre son ami DSK dans le Grand Journal. Le plateau de Michel Denisot, des chroniqueurs aux invités, est à l’image du paysage médiatico-politique français : des croulants ventripotents et chauves qui ne ressemblent à rien ni à personne, ne parlent de rien et pour personne.

 

 

Ah, et Ariane Massenet.

 

 

L’argument avancé par Moscovici est le même que nous sert la gauche et la plupart des commentateurs : DSK est un séducteur, certes, mais certainement pas un agresseur ! Ce qui dit deux choses : premièrement qu’il s’agirait d’un complot, dans ce cas, la victime est une menteuse. Deuxièmement qu’il s’agirait d’un excès de pudibonderie allié à l’indignité absolue de la justice américaine… Auquel cas, la victime serait une hystérique (et la justice française un modèle de dignité).

Dans les deux cas, rappelle Christine Delphy, la victime est une pute : payée par des manœuvres obscures dans l’un, indemnisée grassement dans l’autre. Alors d’accord : je veux bien que la compassion et l’émotion l’emportent sur la raison quand on sait que la plupart des partisans de l’argument « complot » et de l’argument « dsk coquinou » sont des proches, des amis, etc… Je veux bien l’admettre. Mais on parle ici de tentative de viol. Et d’un événement que beaucoup, visiblement, avait craint et anticipé. Les propos irresponsables des commentateurs politiques face à cette affaire en disent beaucoup sur l’état de décrépitude du féminisme français et sur la vigueur toute strauskhanienne du sexisme républicain.

 

 

Derrière ces discours - la décridibilisation de la victime et la victimisation de DSK - quelque chose résiste : quelque chose qu’il nous faut comprendre en vu de reformuler nos stratégies féministes et contestataires.

 

 

 

 

 

La théorie du complot :  péché d’orgueil d’une gauche malade

 

 

 

Derrière la théorie du complot, ce qui résiste, c’est l’orgueil d’un PS décapité qui voit sa figure de proue s’effondrer pour toujours. Les médias s’épanchent matin et soir sur le sperme de DSK alors que la droite, discretos, sous cape, frétille d’un orgasme puissant et silencieux : difficile de ne pas croire au complot tant cette affaire tombe à pic, à moins d’un an des présidentielles. Pourtant, la victimisation de DSK liquide une question absolument fondamentale :  pourquoi, en tant que féministes et militants de gauche, nous n’aurions jamais, JAMAIS, pour rien au monde, voulu d’un président comme DSK.

 

 

Les événement espagnols de la Puerta Del Sol ne laisse présager qu’une chose pour 2012 : la déroute d’une gauche française qui tourne le dos à la jeunesse, reste sourde à ses revendications et ses besoins, et qui bien sur semble totalement déconnectée des urgences féministes actuelles (à quelques Clémentine Autain prés). Hurler à la machination et s’émouvoir de la déliquescence d’un puissant lubrique (mais néanmoins amis), c’est d’une part, pour Martine Aubry and co, une preuve d’indignité politique et morale absolument folle, et de l’autre, l’expression du refus manifeste de se remettre en question, alors même que le PS n’arrive plus à fédérer qui que ce soit sur quoi que ce soit, et que celui-ci regarde crever les populations les plus faibles sous les coups de réformes abjectes. La question que nous sommes en droit de nous poser, nous qui savons pourquoi nous sommes de  gauche, c’est : aurions-nous voulu d’un président comme DSK, et surtout, avons-nous réellement besoin du PS si celui-ci choisit de porter un millionnaire puissant, violeur présumé et notoirement sexiste, en martyr de sa propre défaite ?

 

 

A-t-on besoin du PS, et par extension, a-t-on besoin des politiciens si ceux-ci choisissent de servir les puissants à défaut de servir des valeurs ? La gauche offre un tapis rouge à l’extrême droite : j’imagine que c’est à nous de reprendre les commandes du navire, avant qu’il ne soit trop tard (on file droit vers la catastrophe si vous voulez mon avis). 

 

 

 

 

 

 

 

Vieille canaille ! : le refus d'un procés en régle du machisme

 

 

 

Le discours de décridibilisation de la victime (et dans une autre mesure, de la société américaine et de sa juridiction) sert de résistance à un procès que l’on refuse de mener : celui de la Virilité.

 

 

Il n’y a pas un seul cours auquel j’ai assisté en Angleterre, pas un seul, qui n’ait omis de mentionner les théories récentes du féminisme. Je n’y suivais pas des études de sciences politiques mais des études de cinéma. Les universités anglo-saxonnes sont de véritables laboratoires du féminisme et de l’anti-racisme contemporain, où chaque département prend part active à la politisation de questions aussi divers qu’Internet, la pornographie, le virtuel, les nouvelles technologies, l’enfance, le corps, la race, la pauvreté, le genre, la religion, et j’en passe. Dans son entretien Pour une sociologie (ouvertement) politique, Eric Fassin rappelle que la politisation des questions sexuelles et raciales à toujours été, pour les intellectuels français, le propre de l’Amérique, univers puritain et hystérique, que la France devrait bien se garder de prendre pour exemple : les questions sexuelles doivent rester coûte que coûte dans le domaine des mœurs et rester dépolitisées. Ce discours exotisant vis-à-vis des USA qui persiste depuis la fin des années 80 connait aujourd’hui sa fin. Certains évoquent prudemment les rapports de force se jouant à l’intérieur du récit DSK : le triptyque race/sexe/classe n’aurait jamais pu être évoqué il y a encore quelques années, et c'est plutôt bon signe de l'entendre aujourd'hui.

 

 

Mais plus qu’une repolitisation des questions sexuelles et raciales, ce que peut faire l’affaire DSK, c’est enclencher une révolution féministe totale qui se ferait dans l’exagération et la radicalité. Christine Delphy encore : « Quand une féministe est accusée d’exagérer, c’est qu’elle est sur la bonne voie ». Je m’explique.

 

 

Dans le discours « DSK petit cochon/y’a pas mort d’homme », nous avons assisté à l’apparition d’une figure grivoise, affable et visiblement digne, au mieux, du remontage de bretelles, au pire, de la plus tendre commisération :  celle du coureur de jupon. Ce que beaucoup désigne ainsi, le sourire en coin l’air de dire « qu’on ne t’y reprenne pas, canaillou ! », n’est en fait que la justification terminale de l’idéologie sexiste, celle-la même qui altérise et réduit les femmes en un cheptel sexualisé (La Femme) que « le coureur de jupon », en bon fermier, s’arroge le droit de tâter et d’emmener à la saillie. Nous vivons dans une société où la différence des sexes fait que certains hommes, puisqu’ils sont pourvus des privilèges induits par le système de la Virilité, ne tolèrent pas qu’une chatte leur dise non. Un trou est un trou, il n’a pas à se fermer, il n’a pas à dire non.

 

La Virilité est un système politique de répartition des privilèges (économiques, sociaux et politiques) organisé en fonction de qualités naturalisées (la Bite, la Grosse Queue, les Grosses Couilles, l’appétit pour les femmes, l’endurance sexuelle) et qui hiérarchisent la société en produisant du plus (l’homme blanc hétérosexuel) et du moins humain (la Femme, le Pédé, et tout ce qui d’une façon ou d’une autre ne rentre pas dans les critères établis par le système de la Virilité).

 

C’est donc un procès que l’on refuse de faire : celui d’un système idéologique qui fait perdurer la distribution inégalitaire de privilèges. Ce qui est important n’est pas de savoir ce qui s’est réellement passé au Sofitel, si DSK est innocent ou non. Ce qui est important c’est de comprendre pourquoi des commentateurs et des politiciens ont cru bon de minimiser autant des accusassions de tentatives de viol tout en appelant à la rescousse cette figure sexiste et insupportable du séducteur. 

 

Fort heureusement, ce système est en pleine déconfiture, et des chantres de la Virilité montent déjà aux créneaux depuis plusieurs années, paniqués par une possible abolition de leurs privilèges. Il est d’ailleurs fort étonnant de ne pas avoir entendu Alain Soral (MAJ-0h39 : arg, bon bah voilà j'ai encore eu tord de m'avancer, un ami très au fait de ce qui se passe du coté d'identité et réconciliation m'a orienté vers quelques liens... Comme quoi je sousestime toujours ce bon vieux Alain! Je vais pas les poster, c'est juste sale) et autre Eric Zemmour s’exprimer sur le sujet et déplorer le procès d’un camarade séducteur, victime d’être un homme comme les autres.

 

 

Que répondons-nous ?

 

 

 

 

 

COUPONS-LEUR LES BURNES !  de l’exagération comme moteur féministe

 

 

 

C’est une information qui a beaucoup été relayée, sur twitter et facebook et qui concernait un projet de loi étudié en ce moment même au Dakota du sud. Un loi qui autoriserait « «un père, une mère, un fils, une fille ou un mari à tuer quiconque tente de pratiquer un avortement sur une femme, même si elle est consentante» (Le Parisien, 16/02/11).

 

Ce genre d’infos politiques qui circulent à fond la caisse et qui provoque chaque fois la même hilarité abasourdie, le même effarement comique, mâchoire sur le clavier, à ne plus savoir si l’on doit rire ou exploser de rage. Et c’est souvent le propre des lois les plus oppressives et les plus violentes que d’asseoir ainsi leur légitimité et leur exercice par leur absurdité même,  leur grotesque explicite.[1]

 

 

Une société qui aurait pour ambition d’enrailler net ce programme d’exploitation et d’avilissement sexuel légiférerait très certainement ainsi :

 

 

 

AVORTEMENT GRATUIT, IMMEDIAT ET SANS CONDITIONS POUR TOUTES ![2]

 

 

 

 

Ce gouvernement utopique pourrait même aller plus loin, en dépénalisant par exemple les homicides dans les cas où une femme abattrait son violeur…

…Ou quelque chose du genre ?

Apprendre aux fillettes à utiliser des armes à feu.

…Ou quelque chose du genre ?

Je ne sais pas. Cette société n’existe pas et n’existera jamais, parce que les choses sont plus compliquées, sans doute, ou parce que ce n’est pas de bon ton, que c’est un peu exagéré. Après tout, cette société que j’imagine, et qui me donne des espoirs fous quand je l’imagine, cette société est comme un conte à la Sliders, une fantaisie alternative, vaguement punk.

Cette société n’existe pas. Elle est too much.

 

En revanche, cet état américain qui prévoit de justifier légalement le meurtre des médecins avorteurs par légitime défense du fœtus malgré le consentement de la mère, cet état-là existe bel et bien. Ce n’est pas une fable.

 

Toute comme cette société où 75000 femmes se font violer chaque année (source: Osez Le Féminisme, novembre 2010) parce que leur mise à disposition sexuelle totale et sans condition (surtout pas celle du consentement) semble légitime à la plupart des individus porteurs d’une bite, conditionnés et galvanisés par l’idéologie de la virilité, cette société-là, existe, elle aussi. Et puissamment.

 

 

Alors qu’on arrête de me faire pitié avec DSK.

Il est temps pour nous d’être très clair dans nos choix et de décider quelle société exagère ou non, où se situe l’excès et ou se situe l’hystérie.

Dans une société qui permet à une femme de ménage noire musulmane de se défendre contre les assauts d’un politicien millionnaire sexiste ? Certainement pas.

Dans une société qui continue d’inventer l’avortement comme un acte ignoble et honteux? Trés certainement.

Une société qui entrave le droit à l’avortement est une société qui coupe les femmes en deux. Une société qui empêche les femmes d’avorter est une société qui met les femmesà mort.

De même, une société qui conforte les hommes dans la croyance qu'ils auraient un droit de propriété et d'utilisation sexuelle légitime sur les femmes est une société dont la chutte et le démentellement doit faire l'objet de toute notre énergie contestataire.

 

Ah, ça ira, ça ira ça ira…



 

 

 

 

 

 

Alors. Je trouve ce que fait OLF très mignon.

Mais personnellement, voir Jean-Louis Costes se faire enculer par deux actrices pornos dont une arabe et munie d'un flingue, je trouve que c’est un geste qui à une tout autre gueule.

 

 

Ce n'est, bien entendu, qu'une question de stratégie.

 

 


[1] Voire Foucault, Les Anormaux, chapitre 1, où il est question d’Ubu Roi.

[2] Virginie Despentes propose aussi : transformer tous les macdos en centres d’avortement gratuits.(in Testo Junkie, Beatriz Preciado)

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 14:59

 

Comme tout bon gars émergeant doucement le matin, j'allume mon ordi, je branche la bouilloire, je me fais mon café et je me connecte sur le site de libé pour voir si le monde ne s'est pas pété la gueule pendant la nuit. Ce n'est pas le cas, je prends donc deux sucres.

 

Bien sûr je me contente de lire les titres et les petits résumés en en-tête. À la rigueur, le seul article sur lequel je vais cliquer, c'est celui qui racontera le fait-divers le plus dégueu. "C'EST BIEN LE TRONC D'ERIC ZEMMOUR QUI A ÉTÉ RETROUVÉ DANS LE MARAIS DU...." ah nan merde, raté.

 

Ce matin, ça n'y a pas coupé, j'ai cliqué sur cette info qui me paraissait bien sale. 100% voyeuriste.

 

"expédition punitive", "violence inouïe" "quasiment traitée comme un animal, pendant une heure et demie"… Je sirote mon café avec délectation.

L'information est moins trash que prévue, mais le suspens est rondement mené, le glauque savamment dosé, on y croit jusqu'au bout, quand soudain, BIM, on a le droit pour toute conclusion à LA tarte à la crème des propagandistes sexistes.

 

C'est dit comme ça, en loucedé, l'air de rien: "On voit monter une violence de plus en plus grave de la part de femmes et de jeunes filles, cela n'existait pas il y a dix ans", a affirmé le magistrat".

 

Qu'un petit Zemmour cornu ait fait irruption sur l'épaule du tribun à ce moment-là en arguant "C'est la vérité!! C'est un fait! Je ne fais que décrire la réalité!" ne nous aurait même pas étonné.

 

 

 

 

 

Au sein de cet article descriptif relatant un fait-divers - deux filles en torturent une troisième pour une histoire de mecs - cette citation du magistrat n’est pas innocente. On a deux informations au sein d’un même billet : la première, émotionnelle - deux timbrées ont mis une fille à l’amende – vient crypter la seconde, idéologique - il y a une montée de la violence chez les jeunes filles. Une technique bien connue de TF1 et de tant d’autres médias. Le problème ici n'est pas de nier la montée de la violence chez les femmes. Le problème, c'est le contexte dans lequel cette information est relayée, et ce qu'elle nous raconte. De quelle violence parle-t-on? Branchez un phénomène sociale observable sur un fait-divers émotionnel et vous obtenez une fable à fabriquer du réel sexiste.

 

Derrière les "Rien ne va plus!!", "Mais que fait Sarkozy!!", "Le monde part en couille!!", il faut donc lire: 

 

 

- La montée de la violence chez les femmes est un déréglement, une déviance grave au sein des rôles binaires genrés. La montée de la violence chez les femmes (ou pire: chez les jeunes filles) est le symptôme d'un marasme sociale et économique, et un déraillement grave de l'ordre des sexes qui doit susciter l'inquiétude voire une intervention de la part de l'état.

 

 

- Dans ce contexte, la Femme - douce, passive et pacifiste par nature - devient l'unité de mesure de la chienlit ambiante. La Femme est telle une grenouille sur son échelle, elle est un baromètre, un chien qui va sentir le tsunami. En résumé, si MÊME les femmes se mettent à perpétrer des atrocités - un hobby qui était jusqu'à présent le monopole des Hommes - alors où va le monde?? Ma bonne dame??

 

 

Il y a la montée de la violence, et il y a la montée de la violence des femmes, dérèglement ultime, signe avant-coureur de l’Apocalypse…. ou bien de la présence du FN au second tour des présidentielles ?

 

 

 

            Pour enrayer ces mutations dangereuses des sexes (on m’a même rapporté que certains hommes s’exfoliaient la peau du visage!!), je propose qu’on attaque le mal par la racine, c’est à dire KING JOUET ! Histoire de bien rappeler aux petites filles qu’elles sont des PRINCESSES et des MAMANS et aux garçons des SOLDATS et des PRÉSIDENTS DE LA RÉPUBLIQUE. Enjoy ce petit shéma bien drôle sur les stéréotypes genrés dans la publicité pour jouets.

 

 

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Trouvée ici.

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chantier / politique

 

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